L’entretien du mois : Didier Bouvignies, Rotschild & Cie Gestion

mercredi 16 septembre 2015

Rotschild & Cie Gestion est un groupe qui gère 50 milliards d’actif dont 25 milliards en France. Si le métier historique du groupe est la banque privée, Rothschild & Cie Gestion a développé une activité de gestion pour le compte d’institutionnels et une activité de gestion pour le compte de particuliers à travers les conseillers en gestion de patrimoine et les banques privées traditionnelles. Entretien avec Didier Bouvignies, associé-gérant chez Rothschild & Cie Gestion.

Qu’est ce qui fait la particularité de votre groupe ?

Nous pratiquons une gestion de conviction, c’est à dire une gestion qui fait des choix marqués de façon à délivrer des performances satisfaisantes pour le compte de nos clients. Notre expertise repose sur des grandes classes d’actifs traditionnels : les actions européennes – grandes et petites -, la gestion d’allocations d’actifs et la gestion d’obligation crédit.

Présentez nous R Club, votre fonds diversifié qui connaît un franc succès

Le fonds R Club est un fonds flexible dont l’actif est proche de 500 millions d’euros. Sa vocation, par une approche de conviction fondamentale, est de capter les primes de risque, les potentiels d’appréciation des grandes classes d’actifs, tant dans le domaine des actions que des obligations. Il s’agit d’un fonds d’investissement direct. Il y a une vraie lisibilité des choix qui sont faits. Au delà de ces caractéristiques, ce qui est important c’est que la gestion flexible doit être mesurée pour comprendre si elle est efficace. Le mérite de ce fonds, c’est qu’il est géré par Philippe Chaumel et moi-même et que nous avons 30 ans d’expérience. Sur 10 ans, R Club a délivré des performances annualisées autour de 8 %. Sur le dernier cycle que nous avons connu, et qui a commencé par la crise de 2008, c’est un gain de l’ordre de 75 % de performance. Cela montre la robustesse de la gestion dans un environnement extrêmement stressé.

Quelle est votre vision macroéconomique sur les 12 prochains mois ?

Les grandes zones (Etats-Unis, pays émergents, Eurozone) connaissent des cycles différents. Les Etats-Unis ont connu leur point bas de cycle en 2008 et se redressent mollement. Les émergents sont en train de ralentir fortement. L’Eurozone est, elle, très en retard car elle a connu deux crises : celle de 2008 et celle de 2011. Par conséquent, notre vision depuis 3 ans est la suivante : les émergents sont à risque et les Etats-Unis ont épuisé le potentiel de bonnes surprises parce que cela fait 7 ans que le cycle est en cours. En revanche, l’Eurozone doit converger vers une reprise pour re-corréler avec le cycle américain. Mais ce processus est long, laborieux car il a été handicapé en 2011 par la crise politique sur la pérennité de l’Euro. A notre avis, ce rattrapage de croissance est devant nous.

Même avec le problème chinois ?

La crainte du marché c’est d’avoir une visibilité sur la croissance en Chine et sur l’existence d’un pilote aux commandes de l’économie chinoise. Il y a une crainte également des effets de contagion de cette crise sur l’ensemble des autres économies, d’abord sur les émergents via les matières premières, puis sur les autres marchés au cas où les émergents ralentiraient. Nous considérons qu’il ne faut pas faire d’amalgame : l’exposition directe des pays développés à la Chine est très faible. Les effets indirects sont importants pour les émergents qui sont producteurs de matière première, pas pour les pays développés. Les effets seront neutres sur les Etats-Unis puisqu’ils exportent du pétrole. Et pour les pays européens, la baisse des matières premières aura un effet très positif. Ceci conforte donc notre position : la zone euro est la zone sur laquelle il faut être positionnée avec une valorisation historiquement très basse et peu d’alternatives de placement.

Y-a-t-il vraiment une crise chinoise ?

On est davantage dans le cadre d’une grosse correction que d’un effondrement des marchés. Et derrière chaque crise, on crée des conditions pour cela aille mieux… Aujourd’hui, l’impact de cette crise est surestimé et accentué par des techniques de gestion qui accentue les mouvements, parfois au de-là de ce que le fondamental justifie. Souvenons-nous d’abord que l’économie va mieux, que le pétrole est au plus bas, que l’euro reste bas et que l’alignement des planètes demeure !

Si vous avez 100 000 € à placer à un horizon de 5 ans, qu’en faites-vous ?

Je les mets dans R club ! Ca a marché sur les 7 dernières années ans ! (Rires)
Plus sérieusement, aujourd’hui, on doit rallonger notre horizon d’investissement. Avant si on le raccourcissait, on avait un coût d’opportunité : au lieu de gagner 10 % sur les actions, on ne faisait que 4 % sur son fonds obligataire car on avait un horizon d’investissement très court. Maintenant la problématique est plus complexe. Si on fait un fonds obligataire, globalement on aura 0. A force d’avoir 0 chaque année, au bout de 5 ans, on s’est appauvri sensiblement.
La peur de l’avenir qui a conduit à rester immobile sur des actifs sûrs peut être coûteuse. Il faut accepter la volatilité qui rend inconfortable mais qui est la seule permettant de générer de la performance. La crise récente du mois d’août valide cette thèse. Quelques fonds ont pu surmonter la crise de 2011 et de 2008. Dans cette crise estivale, personne n’a pu se réfugier dans des classes d’actifs qui permettaient de compenser les pertes réalisées sur les actions ou sur les devises parce qu’il n’y a plus d’amortisseurs sur les classes obligataires.

Quel est l’avantage d’avoir un conseiller en gestion de patrimoine aujourd’hui ?

Globalement, le conseiller en gestion de patrimoine a deux missions principales : la première est de conseiller sur la structuration du patrimoine. Le  est le seul à connaître réellement le particulier. Le conseiller en gestion de patrimoine peut anticiper l’évolution dans le temps, faire du conseil prospectif. C’est un peu le professeur qui sait ce qui est bon pour l’élève, avant que celui-ci ne le sache. La deuxième mission est de comprendre l’évolution des produits qui peuvent répondre à la problématique du client. La palette des produits a changé. Les fonds flexibles par exemple me semblent être une très bonne réponse aux enjeux de demain. Le conseiller en gestion de patrimoine a cette avance sur le client du grand réseau bancaire.