Les escroqueries financières font de plus en plus de victimes

lundi 23 septembre 2019 - © Copyright Editions Francis Lefebvre

Un peu plus de trois ans après une première mobilisation conjointe pour dénoncer des offres d’investissement ou de crédit frauduleuses, les trois institutions dressent un nouvel état des lieux de ces pratiques. Celles-ci restent synonymes de pertes considérables pour les épargnants, évaluées à au moins 1 milliard d’euros entre le 1er juillet 2017 et le 30 juin 2019.

Au delà de cet ordre de grandeur officiel, il existe un "chiffre noir important en la matière puisque beaucoup de personnes ne signalent pas les faits dont elles ont été victimes", a souligné le Procureur de la République de Paris, Rémy Heitz.. Le Parquet du Tribunal de Grande Instance de Paris, l’Autorité des marchés financiers et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution encouragent vivement le public à s’informer sur le mode opératoire des escrocs pour mieux se protéger.

Dans un environnement où les rendements des investissements classiques sont très faibles, "l'idée peut être tentante de rechercher d'autres produits présentés comme nouveaux et très attractifs", mais ceux-ci présentent "des risques de perte importants", mettent en garde les trois institutions.

Parmi les placements incriminés : ceux en diamant, terres rares, cryptoactifs, cheptels de bovins, grands crus ou sur le "forex" (devises internationales) proposés par des sites bien documentés, souvent éphémères, qui présentent une "apparence de sérieux" sous leur caractère fictif.  Leur mode opératoire est "très élaboré", le plus souvent "conduit de l'étranger" avec de véritables centrales d'appels dont le personnel est formé au "discours manipulatoire".

Incitée à effectuer un premier versement et rassurée sur la rentabilité et la réalité de son investissement, la victime est ensuite poussée à effectuer de nouveaux placements pour des montants de plus en plus importants. Finalement, "l'investisseur ne reverra jamais un centime" de sa mise. Et pour cause, son argent n'aura jamais été investi mais "viré sur un compte bancaire souvent en zone euro avant que les sommes ne repartent très vite vers des pays où la coopération judiciaire est beaucoup moins facile". 

Lorsque la personne flouée s'aperçoit de la supercherie et souhaite récupérer son argent, elle se voit demander de verser une seconde somme pour libérer la première correspondant à des "frais de déblocage". Elle peut alors être entraînée dans une spirale infernale, cachant le phénomène à sa famille et versant à nouveau de l'argent pour tenter de récupérer ses économies. Il arrive même que les fichiers des victimes soient "échangés entre escrocs" et que ceux-ci usurpent des noms de policiers ou de magistrats pour mieux induire en erreur les investisseurs et continuer leurs "démarches insistantes qui virent parfois au harcèlement".

Plus de 1 000 sites internet ou entités frauduleux, dont 329 depuis le 1er janvier 2019, sont désormais répertoriés sur les cinq listes noires publiées sur le site Assurance Banque Épargne Info Service (ABEIS). 

Les plus de 50 ans représentent plus de 65 % des victimes et 81 % de l'ensemble des sommes perdues, la tranche d'âge la plus touchée étant celle des 60-69 ans.

Pour endiguer ce "fléau", le Parquet de Paris, l'AMF et l'ACPR appellent les épargnants "à la plus grande vigilance" et à leur signaler "les offres douteuses", leur demandant de porter plainte en cas d'escroquerie effective. Les autorités invitent le public à s’interroger systématiquement sur le caractère plausible d’une offre dont les caractéristiques (rendement, absence de risque ou de vérification de la solvabilité, demande de versement de fonds pour bénéficier du produit, etc.) s’écarteraient sensiblement de celles proposées par les acteurs traditionnels du marché.  "Le placement miracle, ça n'existe pas sur les marchés financiers", prévient Robert Ophèle, président de l'Autorité des marchés financiers. 

Pour mieux sensibiliser les épargnants aux risques, l’AMF lance une campagne de témoignages vidéos. Un nouveau service « AMF Protect Épargne », sous forme d’application mobile et Internet, sera ouvert très prochainement. Grâce à ce service, les épargnants pourront être alertés en temps réel sur les dernières mises en garde via des notifications ou alertes mail.