Avec le succès de la FDJ, le gouvernement veut pousser les Français vers les marchés actions

mardi 26 novembre 2019

Ce n’est plus un succès, c’est un triomphe ! L’entrée en bourse de la Française des Jeux a suscité un tel engouement de la part de plus de 500.000 particuliers que tout le monde n’a pas pu être servi, au-delà de 2.000 euros, soit environ 100 actions. Les demandes des petits épargnants ont été satisfaites en priorité jusqu’à cette somme mais au-delà, ceinture. Pas plus d’une action pour dix espérées.

Il est vrai que ce résultat était plus facile à trouver que le quarté dans la 5e à Vincennes. L’État a tout fait, et même un peu plus, pour que la privatisation de la FDJ soit une réussite incontestable. D’abord une grosse campagne de pub mobilisant même les mutilés de 14-18, puis une décote de 2 % pour les petits acheteurs et une action gratuite pour dix au bout de 18 mois. Impossible de trouver mieux sur les marchés d’actions et c’est sans surprise que tous les acquéreurs, particuliers comme institutionnels, ont salué la hausse de 15 % de l’action le premier jour de cotation, sans réajustement à la baisse le lendemain. L’action a digéré cette prime de bienvenue.

Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, avait une double raison de pavoiser. D’abord parce que politiquement, il est impératif de soigner les électeurs qui, ces temps-ci, ont l’humeur plutôt chagrine. Il est vrai qu’il ne prenait pas beaucoup de risques.

Mais c’est plutôt pour l’avenir que le ministre avait de quoi se réjouir. Car cette privatisation pour l’instant réussie de la FDJ n’est que la première marche d’un mouvement que le gouvernement voudrait amplifier, en donnant aux Français le goût d’investir dans l’économie au lieu de garder leur argent sur des livrets car ces placements ne rapportent presque plus rien en ces temps d’intérêts négatifs.

De l’argent est donc disponible et plus encore depuis les mesures Macron de début d’année dont les trois quarts, selon une étude, ont été placés sur livrets. Ce n’est plus du pouvoir d’achat, c’est du pouvoir d’épargne. Alors autant que cet argent aille se placer dans le marché des actions, non seulement pour soutenir l’économie française mais également pour limiter l’impact de certains fonds rapaces, généralement étrangers, venant prendre le contrôle de grosses entreprises pour en extraire la substance avant de les laisser choir.

En poussant ainsi la privatisation de la FDJ, le gouvernement prend un pari sans trop de risque. Cette privatisation ne peut pas tourner mal, au moins à court terme. Il va s’appuyer résolument sur cette introduction réussie pour que les Français, d’une prudence de Sioux avec leurs petits sous, prennent goût au risque et se rendent compte qu’ils ont plus de chances de gagner en devenant actionnaires qu’en restant simples miseurs, même avec des jeux de la FDJ.