Le livret A perd encore de son intérêt

dimanche 26 janvier 2020

Toucher au taux d’intérêt du livret A est un sujet sensible. Dans un pays où sont ouverts 55 millions de livrets, on est quasi-certain de toucher toutes les familles françaises. Mais cette fois, il semble que la baisse du taux d’intérêt, passant de 0,75 % à 0,50 % au 1er février, ne provoquera pas de réel mouvement d’humeur.

Pour une raison simple : dans l’esprit des Français ce livret-là n’est plus un placement à rendement. Avec de pareils taux, ce n’est plus qu’un confortable bas de laine dans lequel on peut placer sans risque ses économies et aller piocher quand on en a besoin. C’est si vrai qu’en début d’année, 15 milliards d’euros consécutifs aux mesures prises par Emmanuel Macron ont été immédiatement placés en livrets par les bénéficiaires, transformant le pouvoir d’achat demandé en pouvoir d’épargne immédiat, mais pas vraiment profitable à l’économie française.

Or, si cette baisse n’est que l’application de la formule de calcul établie en 2016 reposant sur l’inflation et les taux d’intérêts de la Banque centrale européenne), elle contribue aussi à nourrir le discours ambiant du gouvernement. Il cherche à inciter les Français à diversifier leur épargne et à investir dans l’économie, comme en témoigne le succès de la mise sur le marché des actions de la Française des Jeux.

Mais ici, il faut relativiser la part individuelle des placements en livrets d’épargne. 40 % d’entre eux totalisent mois de 150 euros. A ce niveau là, on ne réoriente pas son épargne. C’est vers les plus gros possesseurs (jusqu’à 22.950 €) que le gouvernement se tourne pour les inciter à une diversification, en sachant toutefois que les livrets défiscalisés ou l’assurance-vie peuvent eux aussi assurer des rendements un peu meilleurs que le livret A.

Et pour contrer une grogne éventuelle, Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie a promis un accès plus aisé au Livret d’épargne populaire dont le rendement va passer de 1,25 à 1 % au 1er février. Le plafond de ressources pour y avoir accès pourrait être relevé, permettant à un plus grand nombre d’en bénéficier.