L’entretien du mois : Laurence JONCHERAY, notaire à Morlaix

vendredi 10 juillet 2015

Laurence JONCHERAY est notaire à Morlaix et déléguée à la communication pour la Chambre des Notaires du Finistère. Avec nous, elle fait un point sur le marché immobilier dans le Finistère, et sur le goût jamais démenti des habitants du départment pour la propriété. Entretien.

La Bretagne est une des régions de France qui compte le plus de propriétaires. Comment explique-t-on cela ?

C’est vrai, le taux de propriétaire est particulièrement élevé en Bretagne, et dans le Finistère. Les chiffres nous le confirment : 66,4 % des Bretons sont propriétaires. Dans le Finistère c’est encore plus important : 69,4 % des habitants sont propriétaires. En France, le chiffre est moindre : 57,8 %. Si l’on considère le Finistère, deux raisons expliquent cela. La première est objective : l’immobilier n’est pas cher dans le département. La seconde raison est plus « culturelle » : le Finistérien est attaché à la propriété. Dès que vous sortez des villes, il est propriétaire de son pavillon. C’est probablement notre côté terrien qui s’exprime là.

Quelle est la part de résidence secondaire en Bretagne et dans le Finistère ?

Elle est de 13% en Bretagne, de 13,1 % dans le Finistère et de 9,9 % en France. Le taux a baissé depuis quelques années, depuis la crise de 2008. En 2006, nous étions à 13,7 % en Bretagne et dans le Finistère. Les chiffres sont plus importants en Bretagne qu’ailleurs pour la raison que nous avons déjà exprimé : l’immobilier est moins cher dans notre région. Mais un autre facteur rentre en compte : nous vivons dans une région magnifique. La Bretagne est très attractive. Quant au profil des acquéreurs dans le Finistère, il varie : il y a beaucoup de retraités dans le sud du département, de Concarneau à Fouesnant. Il s’agit d’ailleurs souvent d’un premier saut vers la résidence principale. Du côté de Carantec, c’est davantage familles parisiennes. Mais il y a également énormément de Brestois ou de Quimpérois qui ont une résidence secondaire dans le Finistère, et notamment dans le sud Finistère.

L’investissement locatif a-t-il trouvé un second souffle avec l’arrivée de la loi Pinel ? Voit-on une évolution dans le Finistère ?

On ne sait pas encore. Ce que l’on sait en revanche, c’est que Duflot a bloqué le marché. La loi ALUR a bloqué le marché. Tout cela a surenchérit les coûts de vente. Concernant la loi Pinel, elle aura un impact là où il y aura du neuf et de l’investissement. En Bretagne, cela concerne donc Rennes et Nantes. Saint-Brieuc et Quimper, il n’y a pas grand-chose. Brest semble reprendre quelques couleurs… Ce qui est certain, c’est que la loi Pinel intéresse, car tout système de défiscalisation intéresse.

Quels sont les endroits les plus intéressants dans le Finistère pour investir et espérer une meilleure plus-value ?

Il y a deux questions ici (sourires). Des endroits intéressants dans le Finistère, où l’on peut faire des affaires extraordinaires, il y en a beaucoup : vous avez des maisons à 80 000 euros à Pleyben, Carhaix, Brasparts où même Morlaix. Aurez-vous un retour sur investissement ? Je ne suis pas sûre. Les vraies affaires, elles sont à faire sur la côte. Le triangle Bénodet, Fouesnant, Carantec peut être intéressant dans le cadre de succession, de divorce ou de gens qui ne peuvent plus entretenir du secondaire. Cela reste cher, mais par rapport à il y a 5 ou 6 ans, c’est largement accessible. Vous pouvez trouver dans ces villes des maisons à 180 000 – 250 000 euros. Et je ne vous parle pas de ruines ! Aujourd’hui, les acquéreurs dictent le marché. Les opportunités sont nombreuses.

Avez-vous un bon tuyau à donner pour éviter de faire une mauvaise affaire ?

L’emplacement, l’emplacement, l’emplacement. J’ai vu des gens se faire plaisir et construire de superbes maisons dans un lotissement. La maison leur est revenue à 400 000 euros. Et bien, elle est invendable Quel canal privilégier pour trouver un bien ? Aujourd’hui, le principal canal utilisé par les particuliers c’est le PAP et surtout le Bon Coin. Maintenant, est ce que l’on fait toujours des affaires sur ce site ? Je ne sais pas. Il est parfois primordial d’avoir un intermédiaire qui sache poser les bonnes questions. Il m’arrive de régulariser des conventions entre PAP : ils n’ont pas fait l’affaire du siècle et s’aperçoivent qu’il y a beaucoup de choses à régler auxquelles ils n’avaient pas songé. Il y a un canal parfois méconnu : les enchères. Les Notaires de France ont développé des ventes interactives sur notre site www.immonot.com. Ce sont des enchères amiables, à mi-chemin entre la négociation immobilière classique et les ventes aux enchères. Elles durent 36 h. A Nantes par exemple, cela fonctionne très bien.

Les taux d’intérêts semblent remonter. Faut-il se précipiter pour acheter ?

Les taux d’intérêt vont sans doute augmenter. Maintenant, les prix sont toujours sur une tendance baissière, limite stagnation, car les acquéreurs dictent le marché. Mais on peut croire que tout cela va se retourner à la fin de l’année…